Cartographie de la Corse à travers l'histoire

Avec le développement des voyages, depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours, les hommes ont éprouvé le besoin de représenter les lieux où ils effectuaient leurs déplacements afin de faciliter ces derniers. A l'origine, cette représentation se limitait d'ailleurs le plus souvent aux rivages et aux pourtours des mers car les déplacements les plus sûrs étaient ceux qui s'effectuaient par voie maritime: l'intérieur des terres était sommairement représenté et faisait surtout l'objet de fioritures d'ordre artistique. Il est vrai que la triangulation géodésique n'a été inventée qu'au XVIIIè siècle et la représentation des reliefs n'était pas chose aisée. Aujourd'hui, les satellites donnent une représentation exacte, à quelques centimètres près, de la terre sous toutes les échelles: Google earth ou le géoportail en sont l'expression grand public.

La Corse a fait l'objet de maintes représentations depuis Ptolémée et Strabon, mais ces représentations étaient le plus souvent sous forme de descriptions. Les premières cartes géographiques de l'île apparaissent surtout au Moyen Age, avec le développement du commerce en Méditerranée (finie la période barbare !).

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Une des premières représentations complètes est celle de Licinius Fabio, en 1548, intitulée Cirnus sive Corsica insula est in mari ligusto. Comme vous pouvez le constater ci-dessous elle est très approximative et il est difficile de distinguer  notre chère île.

carte de Licinius, Fabio 1548

Dans le même style, on peut admirer la carte réalisée par Sébastien Münster en 1561 pour son encyclopédie cosmographia universalis: elle était accompagnée d'un descriptif sommaire de la géographie de l'île et de son histoire. Cette encyclopédie était tellement réputée et diffusée que, traduite en nombreuses langues ( celle représentée l'est en allemand), elle a fait autorité jusqu'en 1628.

carte de la Corse de Sébastien Münster 1561

 

Carte d'ORTELIUS (1570)

Il faudra attendre la carte de Gérard Mercator pour avoir enfin une représentation fidèle -pour l'époque !- de la Corse. Cette carte où la Sardaigne a été associée à notre île, date de 1598 ( c'est son fils, associé à Hondius, imprimeur, qui l'a publiée puisque G. Mercator est mort en 1594) et fait partie de l'atlas minor, considéré comme la référence à l'époque et que toutes les bibliothèques possédaient.

 

La carte de Mercator a été inégalée en précision pendant de nombreuses décennies et il faudra attendre la moitié du XVIIIè siècle pour obtenir des cartes aussi précises !

Le XVIIIè siècle a vu le développement de la cartographie en raison de l'essor des transports, en particulier maritimes.

Ce sont des officiers de marine qui constituent en France, sous Louis XV notamment, le corps des cartographes.

Dans certains cas, et en lien avec la pratique du cabotage, la représentation des côtes se fait comme une bande dessinée: cela rappelle les portulans médiévaux. En voici un exemple ( la B.N.F. en possède un certain nombre) qui représente les côtes corses entre Calvi et Bastia: c'est Ayrouard, cartographe de marine, qui les a dessinées vers 1730; cela permettait au pilote de reconnaître de visu les côtes qu'il longeait et il pouvait ainsi rejoindre le port le plus proche en cas de problème, sans avoir de connaissances cartographiques particulières.

 

 

 

 

 

 

Les représentations de l'île se succèdent, parfois avec de curieuses conceptions  des canons de la cartographie: on pourra constater sur ces deux exemples ci-dessous que nos cartographes patentés perdaient facilement le nord, dans un sens ou dans l'autre !

 

 

 

 

 

 

 

Certaines représentations sont très allégoriques, comme celle-ci, datant de 1787: 

Parfois, les cartes sont d'une surprenante imprécision: dans ces cas-là, en général, les cartographes ne se donnent même pas la peine de vérifier sur le terrain les données provenant de documents antérieurs; le modèle du genre est la carte nouvelle de l'Isle de Corse dressée par Robert de Vaugondy, cartographe du Roi Louis XV, en 1756. Je laisse au lecteur le soin de vérifier par lui-même les erreurs commises dans la zone de la piève de Serra  sur cette carte ci-dessous... alors qu'une simple vérification sur site aurait permis de rectifier ces erreurs.

serra-vaugondy-1.jpg

Fin du XIX et début du 20è siècle, finie la poésie ou la fantaisie: les cartes d'état-major deviennent des outils d'une grande précision pour les géographes, les touristes, les militaires, les aménageurs, etc.

Pour la Corse, la carte d'état-major fut dressée tardivement et achevée en 1880: l'avantage, c'est qu'elle fut dessinée directement en couleurs. Sa précision en fit un document cartographique de référence jusque dans les années 1960; les cartes IGN que nous connaissons actuellement ont pris le relais. Une partie de notre piève est ci-dessous représentée.

Carte etat major 1880

Bien entendu, il n'est question dans cet article que des cartes à petite échelle (supérieures à 1/10.000è environ): en plus des cartes générales d'une région ou d'un pays, il existait des cartes plus locales, à grande échelle: ces dernières représentaient souvent des territoires particuliers:  terres seigneuriales, évéchés, precoji (domaines gênois établis dans l'île), circonscriptions militaires, délimitations de propriétés... Leur échelle était très variable car le système métrique uniformisateur n'a été utilisé qu'à partir de la Révolution. Historiquement, les seuls grands chantiers cartographiques dans l'île furent le plan terrier, entrepris au XVIIIè siècle sous le règne de Louis XV (voir ICI l'article sur le plan terrier et la piève de la Serra), et le cadastre napoléonien (voir ICI l'article sur le cadastre napoléonien et la piève de la Serra).

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