Zuani, un village calme ?

ça chauffe à Zuani

Il est vrai que, de nos jours, Zuani est un village bien paisible, passant de la torpeur hivernale à un semblant d'agitation touristique l'été venu. Il n'en n'a pas toujours été ainsi... Dans un autre article, nous avions déjà relaté les mésaventures de l'évêque d'Aléria en 1772 (cliquez ICI pour le lire), du côté du col de la Fuata. Au cours du mois de mai 1763, il ne faisait pas bon non plus se trouver dans les parages du "Campu di a Vecchia" situé vraisemblablement entre le haut du village et le couvent.

Le Mercure historique et politique du mois juillet 1763

Si l'on en croit le journal "Le Mercure historique et politique" du mois de juillet 1763, de bien fâcheux et sanglants événements s'y sont produits. Le texte ci-dessous en est la relation par le chroniqueur du journal.

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Le Mercure historique historique et politique était un journal paraissant tous les mois, entre 1686 et 1782. Edité en Hollande, "il contenait l'état présent de l'Europe, ce qui se passe dans les cours, les intérêts des princes, leurs brigues, et généralement tout ce qu'il y a de curieux". Un peu de la même veine "journalistique" que "la Gazette de France", mais à l'échelle de l'Europe (déjà !).

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 En ce beau mois de mai 1763, donc, les troupes du Général Matra tentent, en faisant route vers Corté, d'occuper le terrain face à la progression des Naziunali menés par Pascal Paoli, en remontant depuis Aléria vers le Boziu, en passant par Tallone et Zuani. Le 11 mai, les 800 soldats du général qui stationnaient depuis peu à Aléria se trouvent vers le couvent de Zuani.  Averti de la manoeuvre, P. Paoli envoie aussitôt un détachement de cent hommes pour leur couper la route et tenter de leur faire battre en retraite. Commandé par le Capitaine Ghjuan Carlu Saliceti, le détachement a apparement bénéficié d'un effet de surprise: toujours est-il que les troupes fidèles à Gênes ont rapidement compté dans leurs rangs 35 morts et autant de blessés.

Dans sa "Storia della Corsica" publiée en 1780, Paolo Limperani d'Orezza relate que " la battaglia fu sanguinosa per una parte, e per l'altra".

Selon les chroniqueurs du Mercure, Lanfranco Matra, parent du général, serait mort dans l'affrontement sur le lieu même du couvent. Le Général Matra se replie sur Bastia, laissant à la garnison en poste à Aléria le soin de défendre le fort et de tenir la position. En fait, ce repliement rapide serait lié à un désaccord entre les représentants bastiais de la République de Gênes et le général au sujet de la stratégie militaire à adopter face aux insurgés.

Dans la foulée, le détachement de Saliceti s'empare d'Ampriani et de Tallone. Pour fêter leur victoire, les Naziunali font chanter le te deum dans toutes les églises des communautés ainsi libérées de l'occupant génois.

extrait du récit concernant la bataille de Zuani

 

On peut s'interroger sur l'impartialité du document ci-dessus, la part belle étant faite aux Paolistes contre les Matristes: il faut savoir que, dans le contexte de l'époque, les Révolutions de Corse ont suscité beaucoup d'enthousiasme dans de nombreux pays d'Europe. Malgré le "cafouillage historique" de l'épopée de Théodore de Neuhoff trente ans auparavant, la Corse a bénéficié de la bienveillance de différents monarques européens, plus parfois pour des raisons géostratégiques que par philosophie, même si le siècle des lumières faisait rayonner des idées de liberté et du droit des peuples à vivre librement. Jean-Jacques Rousseau a été un des plus ardents défenseurs de ces Naziunali qui aspiraient de toute leur âme à une Corse souveraine.

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